Les fabuleux pouvoirs de l’ hypnose

Portrait de ce qu’est l’hypnose à travers un reportage diffusé sur ARTE en septembre 2017.

Un véritable voyage initiatique au cœur d’une pratique encore mal connue, à la découverte de l’hypnose, de ses pratiques dans le secteur médical, de ses praticiens, à commencer par Kevin Finel, un de mes formateurs en hypnose.

 

Qu’est ce que l’hypnose ?

Le père de l’hypnose médicale est un chirurgien écossais, James Braid.

En 1853, il est en retard pour visiter un patient. Lorsqu’il arrive, le patient a les yeux rivés sur la flamme d’une bougie et semble détaché de la réalité, la douleur ne le tourmente pas. James Braid a alors l’idée de plonger ses patients dans un état semblable et qui leur procurera, pense-t-il, une sorte d’anesthésie mentale.

L’hypnose médicale est née.

Si les pionniers de l’hypnose médicale savent mettre ses effets à profit, ils ignoraient tout de son origine et de sa nature. L’hypnose est proche d’états mentaux que nous vivons sans nous poser de questions (quand nous lisons, conduisons, regardons un film …).

Lorsque notre esprit s’absorbe dans une pensée, qu’on se perd dans la contemplation d’une image ou qu’on s’évade dans le passé, nous entrons dans un état de conscience qui oublie la réalité environnante.

L’hypnose consiste à provoquer cette déconnexion mentale. Puis le praticien guide les pensées du patient à l’aide de suggestions.

Grace à l’imagerie médicale, on peut caractériser l’activité du cerveau sous hypnose et la distinguer d’un simple état de distraction lié par exemple à l’évocation d’un souvenir.

Lors d’une étude, l’analyse de l’activité cérébrale est accompagnée par une analyse qualitative sur les sensations éprouvées par les volontaires. Leur cerveau se comporte parfois comme si celui-ci vivait réellement l’expérience qu’ils décrivent.

Si l’imagerie cérébrale a montré que le réseau de la conscience de l’environnement est déconnecté sous hypnose, en revanche d’autres régions du cerveau sont, elles, très activées. Les régions de l’activité visuelle, du mouvement et des émotions sont plus élevées.

Il y a donc une grande différence entre penser, se souvenir de quelque chose ou le vivre sous hypnose, les régions sont activées comme si réellement le cerveau voyait, sentait ou bougeait.

La suggestion hypnotique est capable de nous faire vivre une expérience construite mentalement et donc de nous faire modifier notre perception de la réalité.

C’est ce pouvoir qui rend l’expérience de l’hypnose particulièrement intéressante pour échapper à une situation douloureuse. L’hypnose agit comme une voie intérieure qui modifie l’expérience de la réalité, reprogramme la perception que nous avons d’une situation, d’une sensation ou d’une émotion et bien qu’il y ait toujours une certaine perception, il y a moins de souffrance.

Mark Jensen psychiatre à l’université de Washington, tente d’évaluer la douleur sur des patients souffrant de douleurs chroniques en mesurant les effets de l’hypnose sur les capacités cérébrales.

A l’issue des séances d’hypnose, les ondes lentes du cerveau sont en augmentation. Ce sont les ondes thêta, qui correspondent à un état de relaxation qui favorise la disponibilité mentale.

L’hypnose dans le monde médical

Les études effectuées par Mark Jensen montre une diminution de la douleur mais soulignent en plus d’autres effets bénéfiques.

Les patients dorment mieux, se sentent plus calmes et contrôlent mieux leurs émotions.

« L’hypnose a donc des effets secondaires, mais qui sont tous positifs.

Si vous comparez à des traitements médicamenteux contre la douleur, ils peuvent causer de la constipation, des troubles respiratoires, des réactions d’intolérance ou au contraire d’addiction.

Si on trouvait un médicament qui ait les mêmes effets que l’hypnose sur la douleur, qui en plus vous procure une sensation de bien-être, de calme et de contrôle, ce médicament aurait un succès phénoménal. Tout le monde le voudrait.

Mais avec l’hypnose c’est gratuit. Une fois que vous l’avez appris, cela vous appartient.»

Depuis quelques années, certains praticiens redécouvrent les vertus de l’hypnose, notamment pour l’anesthésie lors d’opérations chirurgicales. Au CHU de Liège par exemple où certaines opérations se réalisent sous hypnose. 8000 patients ont déjà été opérés avec un couplage d’hypnose et d’anesthésie locale.

L’hypno sédation permet de réduire fortement le stress de l’opération et la sécrétion d’hormones qui y sont liées. Plus étonnant encore, l’hypno sédation, par rapport à une anesthésie générale, réduit l’intensité de la réaction inflammatoire et accélère la récupération post opératoire.

Du point de vue du chirurgien, l’hypno sédation a aussi ses avantages, en contrôlant par exemple les saignements. Le patient étant dans un état plus naturel, il y a un meilleur contrôle du système vasomoteur que sous anesthésie générale.

En France, il a fallu attendre 2013 pour que l’hypnose médicale soit reconnue par l’assistance publique.

Le Docteur Jean Marc Benhaiem explique :

« Toutes les études médicales sont faites sur une compréhension intellectuelle, mais l’hypnose ouvre sur un autre champ, plutôt sensoriel ».

L’engouement du monde médical résulte des effets bénéfiques de l’hypnose, constatés au quotidien par les équipes soignantes.

Évaluation des effets de l’hypnose

La question est aujourd’hui d’évaluer ses effets, scientifiquement.

L’évaluation des bénéfices de l’hypnose intéresse les institutions officielles de santé comme l’INSERM en France.

Si les effets de l’hypnose sur la douleur sont aujourd’hui prouvés par de nombreuses études, en France l’approche reste timide sur ce type de thérapie.

Juliette Gueguen – INSERM explique :

« Évaluer l’hypnose c’est en effet plus complexe que d’évaluer un médicament parce que nous ne sommes pas en train de chercher si la molécule chimique que l’on administre à un effet spécifique, mais de prendre en compte une intervention où il y a potentiellement plusieurs composantes qui entrent en jeu, parfois de manière synergique, où la relation entre le praticien et le patient joue un rôle majeur. »

L’autre difficulté pour évaluer l’hypnose vient du fait que certaines personnes y sont plus sensibles que d’autres.

David Spiegel – psychiatre à l’université de Stanford – a développé un rapide test pour évaluer la réceptivité aux suggestions.

Ses études montrent une particularité des sujets fortement hypnotisables, en repérant des activités cérébrales spécifiques qui expliquent selon lui l’état d’absorption que l’on peut avoir en hypnose, qui permet de s’engager complètement dans une expérience.

Une personne fortement hypnotisable ne juge donc pas de l’expérience ce qu’on lui propose, elle y participe sans l’analyser, sans pensées parasites.

L’hypnose de spectacle

C’est sur cette absorption totale que s’appuient les hypnotiseurs de spectacle.

Messmer, le célèbre hypnotiseur canadien, va sélectionner dans le public les individus les plus sensibles, avec qui il va composer son spectacle.

Messmer explique :

« Je fais un test de réceptivité où je vais chercher les 15% environ des plus sensibles de l’auditoire. Je leur demande de monter sur scène et là, en moins de 5 secondes, ils tombent dans un état de sommeil.

Ce sont des techniques que j’ai développées avec les années, qui fait la différence avec l’hypnose de thérapie.

Sur scène, je pratique une hypnose un peu plus profonde, la personne rentre dans un état hypnotique somnambulique, elle peut entendre les sons environnants, mais en même temps elle est dans le rêve qu’on lui propose, elle est dans l’imaginaire qu’on lui propose.

Certaines personnes ont peur de l’hypnose et c’est normal, parce qu’on ne sait pas vraiment ce que c’est que l’hypnose.

Ce n’est pas dangereux, ce n’est pas un contrôle entre l’hypnotiseur et l’hypnotisé, il y a une complicité qui va se créer entre les deux, plutôt qu’un contrôle.

On doit se rassurer parce que si, sous hypnose, ça devient trop difficile moralement à accepter, ou si physiquement c’est trop difficile à réaliser, le sujet va se réveiller ou va bloquer la suggestion.»

C’est justement la possibilité de nous plonger dans une expérience sensorielle factice qui donne à l’hypnose le pouvoir de nous changer.

Champs d’utilisation de l’hypnose

Amir Raz – psychiatre à l’université de Mc Guill – Canada explique :

«  Nous sommes souvent enfermés dans une façon de nous voir et de nous comporter, et ce que l’hypnose permet, c’est de modifier l’image que nous avons de nous, changer de point de vue.

Ce changement de point de vue nous permet souvent de modifier nos comportements, car nous réalisons que nous avons le pouvoir de reprendre le contrôle de nos actions qui nous échappaient avant.

Ce que nous avons démontré, c’est que chez certaines personnes il est possible de déprogrammer, sous hypnose, des comportements et des perceptions qu’on pensait fortement automatiques.

Cela soulève des questions très importantes sur la façon dont nous pouvons agir sur le comportement humain et d’aider certaines personnes à changer.

Beaucoup de comportements dont nous souffrons, dans lesquels nous sommes enfermés et dont nous n’arrivons pas à nous libérer, sont souvent des comportements qui deviennent automatiques.»

Selon, Adrian Chaboche – médecin généraliste :

« Quand on interroge quelqu’un qui fume, il sait que ça coûte cher, que ça le tue, que ça sent mauvais et que ça a mauvais goût. Et la raison n’a plus raison, donc ça devient irrationnel.

Repasser dans la sensorialité permet de repasser à quelque chose de primordial, naturel. L’objet de l’angoisse, que ce soit le travail, les phobies, un lien d’addiction, va se désarmer.»

Pour Jean Marc Benhaiem :

«  La personne doit sentir que le réflexe qui doit la guérir doit venir non pas du raisonnement, mais d’une perception corporelle. Donc, finalement, l’hypnose fait réapparaitre le corps.»

En résumé, l’hypnose fait plus ressentir que comprendre.

Sportifs de haut niveau

Cette zone de conscience entre le sommeil et l’état de veille permet à notre cerveau de fonctionner sur un autre mode. On peut ressentir ou vivre mentalement une situation sans le filtre de la rationalité.

Le pouvoir d’imaginer une action et de visualiser sous hypnose est de plus en plus sollicité dans la préparation mentale des athlètes de haut niveau.

Jack Singer, qui travaille sous hypnose avec des sportifs de haut niveau, donne à ses athlètes la faculté d’agir sur différents leviers : la gestion du stress, la faculté de concentration, la mobilisation des émotions positives, la visualisation de l’objectif.

Une athlète aussi titrée que Kyla Ross, championne olympique et championne du monde en gymnastique, sait bien que le mental est essentiel. « Je voulais vraiment travailler sur ma confiance. Il faut croire en soi et sur ce point, avec l’hypnose, j’ai vraiment ressenti une amélioration » dit-elle.

Bertrand Picard – Solar impulse

Pour préparer ses défis qui exigeront 100% de ses ressources physiques et mentales sur ses voyages, Bertrand Picard se tourne, lui, vers l’hypnose.

« J’ai commencé l’hypnose au moment où j’avais besoin de préparer mes rythmes de sommeil et de veille. Pour ma première course transatlantique en ballon, j’avais très peur d’être harassé de fatigue et que je ne parvienne pas assez à me régénérer, et c’est là que j’ai commencé à prendre des cours d’hypnose sans savoir encore tout ce qu’il y avait derrière.

L’hypnose a toujours ce côté magique dans l’esprit des gens et je l’avais aussi dans ma propre tête quand j’ai commencé.

Mais ce qui est magique, ce n’est pas l’hypnose. C’est l’être humain quand il sort de sa zone de confort et qu’il a des outils pour être plus en relation avec lui même, avec ses ressources intérieures. »

Lors de l’odyssée « Solar Impulse » durant laquelle Bertrand Picard était seul dans le cockpit pendant plusieurs jours consécutifs, l’hypnose a été un appui essentiel. Elle l’a aidé à rester concentré, à gérer certaines situations, et c’est surtout grâce à elle qu’il a optimisé ses courtes phases de repos.

Ce qui est intéressant dit-il « C’est que ce n’est pas une mise en sommeil au sens où on l’entend habituellement mais en quelques secondes une mise en complète relaxation qui fait qu’on se repose et qu’on se régénère déjà énormément. Dans le cockpit, les moments où je me suis le mieux régénéré c’était dans ces moments hypnotiques, plus efficaces que quand je dormais vraiment.»

Aujourd’hui ce psychiatre inclut l’hypnose dans son hygiène de vie.

« L’hypnose c’est quelque chose que l’on peut faire dans sa vie de tous les jours. Il n’y a pas besoin d’aller faire le tour du monde pour ça … ».

Il souhaite que l’hypnose ne soit plus réservée aux initiés.

« Les médecins essayent de garder tout ce qui est hypnose à l’intérieur du monde médical comme une technique à appliquer sur leurs patients. Je prône l’inverse. Je pense que l’hypnose doit être entièrement enseignée au maximum de gens possible pour qu’ils puissent l’utiliser. Pour les enfants : préparer leurs examens, leur rapport à la vie ou la relation à leurs parents, c’est quelque chose qu’on doit enseigner, qu’on doit développer et qu’on doit rendre accessible à tout le monde.»

Kevin Finel – ARCHE

C’est dans cet esprit que l’école de formation créée par Kevin Finel (l’ARCHE) propose du cabinet public pour découvrir ce qu’est l’hypnose.

« L’idée des cabinets publics, c’est de rendre compréhensible la démarche de l’hypnose. Avant, je faisais des conférences assez classiques, assez théoriques, pour expliquer ce qu’est cet état-là, pour le démystifier, pour montrer aux personnes qu’il y avait des choses qui était possibles avec, que ce n’était pas en soi médical mais que c’était une exploration de soi.

J’avais souvent des gens qui étaient d’accord avec le discours mais qui ne voyaient toujours pas ce qu’était l’hypnose.

Je me suis dit qu’il y avait peut-être besoin d’une démonstration pour expliquer.

En le montrant, les gens s’aperçoivent que c’est quelque chose qui peut être très doux, qu’il n’y a pas de prise de pouvoir sur une personne, que ce n’est pas ça l’hypnose.

L’hypnose c’est avant tout de donner à l’autre du pouvoir sur lui et ça, les gens le comprennent quand ils le voient, qu’ils voient que je permets au gens de rentrer dans cet état-là, et que c’est eux qui y vont, s’ils ont envie d’y aller et s’ils sentent que c’est bon pour eux d’y aller.

On se pose des questions dans un état étendu de conscience, ce qui va amener plein de nouvelles compréhensions, à un autre niveau de nous-même. De nouvelles connexions vont se faire.»

Pour conclure

L’hypnose est un révélateur de la formidable puissance de notre cerveau.

Amir RAZ pour conclure : « Ce que nous démontrons c’est que penser à quelque chose peut amener un changement important dans la perception.

Notre cerveau est tellement puissant que ce qui se passe à l’intérieur est plus important que ce qui se passe à l’extérieur. En fait, cela montre que nous vivons dans notre cerveau.»

Lorsqu’elle est entrée dans les laboratoires de recherche, l’hypnose a fait peau neuve. Le public a cessé de la considérer comme une pratique confinant à la magie et à la sorcellerie.

On sait désormais qu’elle agit de telle sorte qu’elle active un état de conscience particulier et que cet état de conscience peut être mis à profit en médecine, et dans de nombreux autres domaines.

De même qu’on peut améliorer les performances physiques, on peut améliorer les performances cognitives comme l’apprentissage ou la mémoire.

En comprenant mieux la science de l’hypnose, on voit que c’est un état naturel qui peut nous faire du bien, et de plus en plus de gens se sentent en confiance vis à vis de l’hypnose.

Attention cependant, la disponibilité mentale rend vulnérable aux influences.

L’éthique doit être le maître mot de l’hypnotiseur, et la relation avec ses sujets doit être fondée sur la confiance.

Si la science commence à comprendre les fabuleux pouvoirs de l’hypnose, beaucoup restent à découvrir sur une pratique dont les mécanismes sont intimement liés à la complexité de notre cerveau et de son fonctionnement encore très mystérieux.

Textes extraits de l’émission diffusée sur ARTE – Les fabuleux pouvoirs de l’hypnose.